« La flèche des Parthes » (merci, Wikipédia), fait référence à une tactique célèbre utilisée autrefois par les Parthes et par d’autres peuples d’Asie centrale. Les Parthes étaient des guerriers à cheval, des archers en l’occurrence, capable de continuer à tirer pendant qu’ils rompaient le combat et s’enfuyaient. Fuyant ainsi au galop, le guerrier Parthe se retourne, pivote de 180 degrés et décoche sa flèche sur l’ennemi situé derrière lui.

Revenons maintenant à la situation que j’évoquais en introduction. Il s’agissait d’un contexte de « coaching prescrit », comme nous les appelons dans notre jargon professionnel. En d’autres termes, la personne que je rencontrais m’avait été envoyée par son supérieur hiérarchique et ne faisait pas la démarche de sa propre initiative. Son patron se plaignait de son manque de coopération et de son refus de s’engager pleinement à ses côtés. Il avait chargé son responsable ressources humaines de lui « trouver un coach » pour remédier au problème.

Un rendez-vous est donc convenu entre nous pour une première séance exploratoire. Je savais, comme c’est l’usage dans ce genre de situations, que le DRH qui m’avait envoyé ce collaborateur lui avait très certainement donné la possibilité de rencontrer un autre coach et de choisir celui qui lui semblerait le plus approprié. C’était une époque où j’étais relativement novice dans le métier et j’avais à cœur de montrer que j’étais celui qui lui fallait.

La séance démarre. L’homme en face de moi est raide, manifestement fâché de se trouver dans cette situation et ne cache pas son désaccord profond sur les raisons de sa présence dans mon cabinet. L’entretien prévu pour 1 heure se déroule péniblement. A mes questions, que je pensais ouvertes et accueillantes, je n’obtiens que des réponses laconiques suivies de plus en plus souvent d’un silence assez pesant entre nous. Clairement, l’alliance ne se met pas en place. J’explore intérieurement les raisons possibles de cette « résistance ». Des questions trop intrusives de ma part ? un malentendu sur le sens du travail que nous pouvons effectuer ensemble, mon interlocuteur percevant peut être le coaching comme une tentative supplémentaire de la part de son patron de le faire plier et non pas comme une opportunité pour lui de reprendre l’initiative et d’ouvrir le jeu dans la gestion d’une relation hiérarchique insatisfaisante pour chacun des deux partenaires ?

La séance se termine. Je m’apprête à raccompagner mon visiteur. J’enrage intérieurement, contre moi-même et mon incapacité à établir un rapport de confiance avec lui, contre le DRH qui m’a recommandé sur cette mission, contre mon visiteur enfin qui s’est montré si peu coopératif.

Alors qu’il est sur le pas de la porte, je m’entends lui dire que je ne pense pas être le bon coach pour travailler avec lui, que je crois qu’il est important de travailler avec quelqu’un qui sache gagner sa confiance, que je me rends compte que nous n’avons manifestement pas réussi à établir cette confiance et que, par conséquent, je ne me sens pas en mesure d’apporter une quelconque contribution pour travailler sa situation. Nous nous serrons la main et nous quittons sur ces mots. Une semaine plus tard, j’ai la surprise d’écouter sur ma boîte vocale un message de sa part, me proposant de le recontacter pour prendre un nouveau rendez-vous. Lorsque nous nous revoyions il me dit à quel point je l’avais convaincu, avec « ma flèche des Parthes », décochée sur le pas de la porte ! Ce qui aurait pu être perçu comme un aveu de défaite, était en fait pour lui une parole authentique, libérée de l’exercice imposé dans lequel nous nous étions tous les deux enferrés, et qui lui montrait qu’il pouvait m’accorder sa confiance.

Parfois on associe cette « flèche des Parthes » à une remarque perfide, décochée à la dernière minute, alors que votre interlocuteur a déjà commencé à baisser sa garde, dans le but de s’assurer la victoire par des moyens finalement peu fair play. Il est possible d’y voir cela. On peu aussi y voir, comme mon client, ce moment où, parce que l’on arrête de vouloir quelque chose trop fort, on laisse venir ce qui est juste. Ce moment où, comme me le disait récemment un de mes maîtres, l’on a « usé la volonté par l’exercice d’une volonté encore plus forte ». Et c’est à ce moment là que notre tir devient précis et que nous atteignons notre cible.

Statue